Tune In 105

Matthieu 13:52 – le nouveau et l’ancien

«Ainsi donc, tout scribe instruit du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et du vieux.»

Au Pays-Bas le passage au nouvel an s’accompagne souvent d’expressions dans le langage courant qui parlent de l’«Ancien et Nouveau». Il s’agit bien sûr de la transition entre l’année précédente, presque terminée, et la nouvelle année à venir. Si nous faisons le contraste entre l’ancien et le nouveau dans un autre contexte, il est évident que nous parlons d’abord de l’«ancien» et du «nouveau» par la suite. Voilà probablement pourquoi les paroles de Jésus dans Matthieu 13:52 sont parfois mal citées comme «un maître de maison qui tire de son trésor des choses anciennes et nouvelles». Mais ce n’est pas ce que dit Jésus selon Matthieu. Jésus inverse l’ordre et dit «nouvelles et anciennes».

Exemple

Matthieu cite les paroles de Jésus comme la conclusion d’une péricope dans laquelle Matthieu a rassemblé sept paraboles de Jésus sur le Royaume. Au milieu du passage principal Matthieu indique (en faisant référence au Psaume 78: 2) que Jésus dit des choses nouvelles dans son enseignement imagé: «J’ouvrirai la bouche pour dire des paraboles, je proclamerai des choses cachées depuis la fondation du monde» (vs.35). Plus tôt dans cet Evangile, cependant, Jésus avait indiqué qu’il n’avait pas l’intention d’abolir l’ancien: «N’allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes, je ne suis pas venu abroger, mais accomplir» (Matthieu 5: 17). Comme montre le reste de Matthieu 5, Jésus dégage toujours des dimensions de l’Ancien qui sont complètement nouvelles pour ses contemporains.

Quand, à la fin de Matthieu 13, après une séquence de sept paraboles, Jésus demande à ses disciples s’ils ont compris son enseignement et la réponse est positive: Jésus donne le verset cité ci-dessus comme réponse. Et il les charge alors de suivre son exemple et leur annonce qu’ils diront des choses nouvelles dans leur propre enseignement.

Renouveau

Une marque caractéristique de notre humanité est que nous sommes des êtres finis et que tout ce que nous fabriquons ou faisons perd tout simplement son énergie vitale en peu de temps. Conséquence de notre finitude, nous avons un fort besoin de renouveau. Pour ceux qui sont dans une relation, il ne suffit pas que le bien-aimé ait dit une fois, au début de la relation: «Je t’aime».  Nous voulons l’entendre presque tous les jours, parce que nous avons un besoin urgent du renouvellement (de préférence: tous les jours) de l’amour.

En supposant que Matthieu reflète littéralement ce que Jésus a dit, nous devons conclure que Jésus a dit tout cela avant que le Saint-Esprit soit répandu (comme décrit dans les Actes des Apôtres ch.2). Toutefois, Matthieu écrit son Évangile après l’effusion du Saint-Esprit sur les croyants. Ailleurs dans le Nouveau Testament, Paul décrit le travail de l’Esprit dans nos vies comme un renouvellement: « il vous faut, renonçant à votre existence passée, vous dépouiller du vieil homme qui se corrompt sous l’effet des convoitises trompeuses; il vous faut être renouvelés par la transformation spirituelle de votre intelligence et revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité.» (Ephésiens 4: 22-24)

Paul décrit notre renouveau (ça veut dire ici: notre sanctification, le processus de croissance par lequel nous devenons de plus en plus semblable à Jésus) comme quelque chose qui nous arrive à un moment – semblable à un logiciel installé sur un ordinateur. Ce renouveau entre finalement dans notre vie à travers des «mises à jour» continuelles par le Saint-Esprit.

Mais l’Esprit Saint ne sanctifie pas uniquement. Il est aussi la source, à partir de laquelle notre force vitale est renouvelée de moment en moment. Et Dieu a arrangé de sorte que nous recevons le renouvellement de notre vie en grande partie de la main des autres. Aussi merveilleux que le renouvellement de notre vie est le privilège d’être capable de nous aider les uns les autres là-dedans. Par Son Esprit, Dieu nous rend capables d’acquérir de nouvelles connaissances, qui peuvent effectuer un renouvellement chez les autres (au moins pour un certain temps). Peut-être que cela veut dire: la marque de quelqu’un qui est rempli de la puissance et la sagesse de l’Esprit est la capacité d’offrir de nouvelles idées aux autres et de leur ouvrir de nouvelles perspectives et possibilités. Qu’est-ce nous devrions par contre penser de quelqu’un qui a toujours la bouche pleine de l’Esprit Saint, mais d’où il ne sort jamais d’impulsion au renouvellement?

L’exemple que nous donne Jésus vise pourtant le renouvellement à partir de l’ancien. La précondition au véritable renouvellement est une compréhension profonde de l’héritage transmis. Ceci est aussi perceptible dans l’histoire de la musique. Le Sacre du Printemps de Stravinsky est en partie le résultat de son intérêt pour la musique folklorique russe. L’atonalité de Schoenberg, aboutissant finalement dans la musique dodécaphonique, peut être en grande partie attribuée à son intérêt (et estime) pour le contrepoint des 15ème et 16ème siècles.

Voici également la raison pour laquelle les révolutions – selon lesquelles «à partir de maintenant tout doit être différent», et qui au lieu de puiser dans l’Ancien jettent la Loi et les Prophètes par-dessus bord avec effet immédiat, sont rarement satisfaisantes. Qui vit dans un état de guerre contre l’Ancien ne sera jamais capable de tirer de choses anciennes de sa chambre aux trésors. De même, celui qui n’a pas la patience de s’amasser un trésor n’aura pas de richesses antiques à offrir – sans parler du fait qu’il ne découvrira jamais ce qui mène au véritable renouveau. Le chemin vers le vrai renouveau est une quête tout au long de la vie du vrai, du bien et du beau, mais aussi une quête dans laquelle nous pouvons avoir l’assurance dès le départ que nous recherchons dans nous-mêmes le vrai, le bien et le beau et que nous serons capables de nous amasser un trésor qui nous permettra d’en tirer des choses à la fois nouvelles et anciennes.

Nourriture

En ce début de l’année 2015 les paroles de Jésus méritent d’être étudiées par nous les musiciens (et par d’autres artistes!). Nous vivons à une époque où des imprésarios et des producteurs de CD nous submergent de «nouvelles interprétations» d’œuvres anciennes. Pour la plupart, cela ne veut dire guère plus que les exécuter plus vite que jamais auparavant.

Des interprétations «contre la montre» sont peut-être palpitantes au moment où vous les entendez: écoutez une deuxième fois et tout n’est plus si passionnant, et à la troisième écoute, vous n’y voyez plus de sens. Notre monde – peut-être plus que jamais – a besoin de musiciens qui apportent un renouvellement à la vie des gens par leur jeu. Pas de musiciens qui écrasent tout simplement ou qui attisent les émotions, mais des musiciens qui, par leurs interprétations, nourrissent les âmes humaines dans leur faim spirituelle. Dans ses conseils à ses disciples qui sont appelés à lui emboîter le pas, Jésus montre que nous pouvons atteindre cet objectif si nous cherchons le nouveau dans l’ancien et  si – dans la recherche de la vérité – nous interrogeons l’ancien sur le nouveau. Si nous ne nous laissons pas tenter par des formules simplistes visant la réussite à court terme, mais si nous suivons les conseils à long terme de Jésus dans une recherche sincère du vrai, du bien et du beau, nous allons nous construire un public qui reviendra constamment, parce qu’il sait que notre jeu apporte un renouvellement à la vie des gens. Un des plus grands musiciens de notre temps, qui a réfléchi sur le passé musical de l’Europe comme personne d’autre et a donc changé le monde de la musique de manière irréversible, est le chef d’orchestre Nikolaus Harnoncourt, qui dit un jour: «Si nous avons joué un concert et rien n’a changé dans le monde, alors nous n’avons pas bien fait notre travail». Comme un exemple passionnant qui montre comment une nouvelle interprétation (alimentée par une compréhension approfondie de l’ancienne) peut être rafraîchissante, voici interprétation unique de Harnoncourt de la Marche Radetzky de Johann Strauss père. (op.228, 1848), par laquelle il ouvrit (!) le Concert du Nouvel An à Vienne le 1er Janvier 2001 et nous souhaite à cet occasion une «Nouvelle Année bénie» [gesegnetes neues Jahr]

Texte: Marcel Zwitser (docteur en musicologie, Zwolle)

 

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